BILAN – 6 mois de vie en Allemagne

Cette année, j’ai vécu 6 mois en Allemagne. Impressions, réactions ? C’est parti
1. Se loger : galère puissance 10
Quand on reste longtemps dans un pays, c’est la première chose qui nous intéresse. Malheureusement pour moi tout ne n’est pas passé comme prévu. La galère principale est venue du fait que le logement que je pensais avoir trouvé pour la durée de mon stage était une arnaque et que j’ai découvert ça tardivement (mi-décembre). D’autre part, se trouver une place dans les logements étudiants est difficile et requiert de postuler au mois six mois avant. Dès lors, j’ai opté la plupart du temps pour des sous-locations (qui sont légales!) dans ces fameux logements étudiants qui sont tout équipés, bon marché et permettent d’être en coloc avec des allemands. Mais qui dit sous-location, dit période limitée, puisque les étudiants reviennent. Si j’avais eu de la chance j’aurais pu tomber sur un étudiant qui sous-louait pour toute la période (ce qui arrive quand ils partent faire un erasmus par exemple) mais je n’ai pas eu cette chance !
Aussi, d’après ce que j’ai pu comprendre, la situation de Stuttgart est particulière puisque la ville attire beaucoup d’étudiants (il y a de nombreuses universités) mais c’est aussi un grand bassin d’emploi avec l’industrie automobile. En conséquence, ça coince niveau logement et les prix peuvent vite flamber, même pour des colocations !
En 6 mois, j’ai ainsi déménagé 8 fois. Demenagement de jour, de nuit, avec 300m de dénivelés, j’ai à peu près tout connu.
Dans l’ordre, j’ai :
-vécu 1 semaine dans un airbnb pas loin de mon stage début janvier
-puis trois semaines en auberge de jeunesse à Stuttgart
-sous-loué un logement étudiant jusqu’à mi-mars
-logé dans un autre logement étudiant du même immeuble pendant deux semaines, puis trouvé une nouvelle sous-location (au même étage que le logement précédent!) pour 1 mois
-Logé dans 3 airbnbs différents lors des deux dernières semaines de mon stage (en juin). Lors de mon 7e déménagement, j’étais comme qui dirait au bout de ma vie et je retiendrai pour toujours ce couple d’italien qui m’a aidé à porter mes affaires à 23h07, alors que j’avais un sac de 20kg, un sac de courses et un sac a dos. Dieu soit loué !
Plus sérieusement, ce que j’ai retiré de tous ces déménagements, c’est que je trimbalais beaucoup trop d’affaires. A chaque fois je donnais ou jetais des choses. Maintenant, je vis avec moins (et je m’essaie même zéro-déchets, cf Vivre un mois sans emballage plastique ? Mon challenge du mois d’octobre !) et je me sens beaucoup plus légère et libre !
Aussi, ces déménagements m’ont permis de faire des rencontres, et ce sera mon deuxième point.
2. Vivre en colocation 
« Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres… » c’est également un résumé de la mienne !
Après 6 mois à Stuttgart, j’ai évidemment rencontré des allemands, mais en vivant en coloc j’ai pu rencontrer beaucoup d’étudiants (et pas que) d’autres pays !
Tout a commencé lors de mon séjour à l’auberge de jeunesse Alex Hostel à Stuttgart, où je suis restée une bonne partie de janvier. De ce séjour je retiendrai surtout Giannis et Alina : lui un grec étudiant l’architecture au Royaume-Uni, elle une canadienne en deuxième année d’architecture, qui ne dormait pas à l’auberge mais était en stage avec lui. Tous les trois, nous nous sommes régulièrement revus au cours de mon stage – pour boire un verre ou voyager ensemble à travers l’Allemagne et l’Europe. Strasbourg, Nuremberg, Francfort, le Bade-Wurtemberg….Notre façon de voyager était désorganisée (j’étais bien souvent la seule à me préoccuper des horaires et de ce que l’on pouvait bien faire), nous prenions le transport le moins cher (donc bien souvent le samedi à 5h20…), nous nous retrouvions dans des endroits improbables, affrontions le froid et la neige, cherchions de toute urgence des magasins ouverts où nous réfugier (voyager le dimanche en Allemagne est une très mauvaise idée car tout y est fermé)…mais qu’est-ce que nous avons rigolé et passé de bons moments ! Aucun de nous trois ne savait précisément pourquoi nous nous étions retrouvés à ce moment là de notre vie à Stuttgart, et ce que l’on a vécu nous a marqué nous a marqué à jamais.
En bref deux rencontres inattendues qui se sont transformées en amitiés longues durées – j’ai revu Alina lors de mon escale à Toronto, et séjourné chez Giannis lors d’un récent séjour à Londres !
Avec Giannis, nous reparlons regulièrement de notre vie à l’auberge, où nous avons passé une soirée en compagnie d’une chinoise étudiant à Glasgow, d’un couple de québécois, d’une danseuse britannique…
Des soirées au cours desquelles on a pu passer du coq à l’âne, ou plutôt des octopus à la dinde (qui se dit turkey en anglais, comme le pays), sans oublier l’Islande que nous avons tous les deux visités.
La vie à l’auberge, c’est aussi une soirée qui s’est finie dans un bar irlandais où le karaoké était une véritable boucherie auditive. Mais également des ronflements, dont le pauvre Giannis a été victime plus d’un soir ! Vivre dans un dortoir n’a pas beaucoup d’avantages. Je n’oublierai pas non plus les réveils brutaux à 3h du matin car une personne doit se rendre à l’aéroport – ou la grand-mère énervée qui a partagé mon dortoir pendant deux semaines et qui se couchait à 21h.
Une fois en résidence étudiante, j’étais soulagée d’avoir ma chambre mais ce n’est pas pour autant que j’ai moins fait de rencontres. Tout d’abord trois allemands en alternance (le systeme s’appelle « dualstudium » en Allemagne et commence dès la premiere année d’université) que j’ai vu presque tous les soirs pendant deux mois. Cela m’a d’ailleurs permis de bien progresser en allemand car nous ne parlions presque que cette langue !
Dans notre coloc, il y avait aussi une etudiante grecque en architecture – encore: – dont la soirée de départ restera épique : le but était de lire l’avenir de chacun dans le fond des tasses de café (autant dire que l’on peut raconter tout et n’importe quoi!). En allant en Turquie en fin d’année, j’ai pu découvrir que c’était aussi une tradition là-bas et je pense que j’ai impressionné les locaux lorsque je leur ai lu leur futur.
Après son depart une sud-coréenne a pris sa place et c’était ma première rencontre avec une asiatique depuis mon retour du Nepal !
En déménageant dans la même résidence, j’ai par la suite rencontré deux tunisiens et nous avons beaucoup échangé sur l’éducation et les langues vivantes. Je n’avais aucune idée sur la grammaire arabe et ils m’ont expliqué que c’était l’une des langues les plus complexes du monde, avec 24 pronoms differents -rien que ca!
On était aussi d’accord sur le fait que l’ecole ne met pas assez l’accent sur l’oral, tant et si bien que de nombreux étudiants n’osent pas parler la langue qu’ils apprennent – que ce soit en Tunisie ou en France.
Vue depuis notre étage :
Après un n-ième déménagement, je suis restée un mois dans la coloc qui a été pour moi la meilleure de toutes. J’étais en coloc avec un polonais, un bulgare, une turque et un irakien, et nous avons passés de nombreuses soirées ensemble – sans trop savoir où était le polonais qui ne se montre jamais.
L’irakien, blagueur, nous a souvent parlé de son quotidien en Irak et nous a par exemple expliqué qu’il avait appris à conduire une voiture avec son père, alors qu’il n’était qu’un adolescent et que la circulation dans les rues irakiennes était terrible.
A Stuttgart, c’est donc tout naturellement qu’il avait postulé à une offre chez dominos pizza pour être livreur, même s’il n’avait jamais conduit de moto. Lorsque dominos l’a rappelé, et lui a demandé pourquoi il avait postulé sans permis, il a simplement répondu «  je viens d’Irak ».  C’est sûr que s’il a appris à conduire une voiture avec son père, la moto ne doit pas être bien difficile… Nous avons tous eu un long fou rire !
Nous avons passé d’autres soirées à jouer ensemble à des jeux de plateaux – à commencer par Games of Thrones, auquel la turque et moi ne connaissions rien, et qui a provoqué de nombreux énervements (et fou rires) quand l’irakien se mettait en colère après la perte d’atouts.
Avec eux ce sont aussi des discussions sur le service militaire, obligatoire en Turquie et durant de 6 mois à 2 ans, qui peut emmener les jeunes turcs n’importe où dans le pays (certains partant sur le front à l’Est, et dont certains ne reviennent pas) ; Mais aussi du système educatif, là où la Turquie a le même système qu’en France avec le lycée.
Par la suite en logement airbnb, je me retrouve chez une roumaine travaillant dans l’industrie du lait et arbitre de basketball sur son temps libre. Parlant un français impeccable, elle a travaillé plusieurs années en Belgique et maitrîse également l’allemand – en plus de l’anglais et du roumain.
Quelques jours plus tard, mon hôte airbnb est de nouveau roumaine, et professeur d’allemand pour adultes ! Elle me raconte qu’elle ne voulait pas rester dans son pays après la fin de la dictature, et qu’elle avait ainsi appris l’allemand puis l’italien, avant de partir vivre en Sicile avec son copain italien puis de revenir et de galérer pour trouver un job car ses études en lettres et philosophie ne lui ouvrent pas de portes.
En bref, plein de rencontres, et une ouverture à de nouvelles cultures !
3. La barrière de la langue
J’ai fait allemand LV2 et j’avais déjà vécu quelques semaines dans plusieurs familles allemandes donc je me débrouillais, mais vivre à plus long terme est différent. Mes familles d’accueil faisaient des efforts pour que je les comprenne, alors que là j’étais dans le bain ! En me forçant à parler allemand j’ai bien progressé, mais ça reste une langue plus difficile que l’anglais. Surtout l’allemand scolaire n’a pas grand chose à voir avec l’allemand parlé par les jeunes, qui se rapproche plus souvent du dialecte. Donc, quand une amie allemande (rencontrée au Népal) m’a invitée à passer la soirée avec des amies à elles, j’étais un peu perdue. Tout allait vite et fusait dans tous les sens, je ne pouvais pas en placer une car j’avais toujours un train de retard !
Ma tête quand je suis sortie de ce repas et que j’ai compris que je ne serai jamais trilingue français anglais allemand :
Dans les commerces, je n’ai donc jamais pu faire la conversation avec les employés mais j’ai aussi eu le sentiment que ce n’était pas dans la culture – contrairement à la Provence où je trouve avec le recul que tout le monde a la tchatche.
Je pense que les allemands sont de nature plus froids et que c’est souvent à nous (les étrangers) de faire un effort pour qu’ils retirent leur carapace et que nous apprenions à nous connaître.
4. Des transports efficaces
Ce qui m’a le plus impressionné, c’est de voir un système de transport aussi développé. Toutes les villes de taille moyenne+ que j’ai pu visiter (400 000 habitants et plus) sont dotées du S-Bahn, une sorte de RER qui permet de relier rapidement les villes à leur banlieue. Couplé aux trains régionaux, il est donc facile pour les habitants de se déplacer et d’aller travailler même si c’est loin. Pendant six mois, j’ai ainsi habité à Stuttgart et pris le train régional (ou S-Bahn, un peu plus lent mais pratique car il y a le wifi) tous les jours pour me rendre à environ 20km au nord de la ville où je faisais mon stage.
Le réseau citadin est également efficace : à Stuttgart, il y a le métro (U-Bahn), Tram, S-Bahn et les bus. Ce qui me plaît en Allemagne, c’est que tout le système est basé sur la confiance et qu’il n’y a jamais de barrière pour prendre les transports. Ma carte d’abonnement reste toujours dans le porte-feuille sauf en cas de contrôle ! Qui plus est j’ai trouvé que les gens étaient civilisés même aux heures de pointe, et que le réseau n’était que rarement saturé. Un bonheur par rapport à la France !
Moi toute souriante pour aller prendre le train regional à 7h du matin :
On dit que les allemands sont organisés, et ça a du bon : les trains partent TOUJOURS du même quai, donc quand on achète son billet en ligne on sait déjà d’où on va partir. S’il y a un changement, il suffit de consulter l’application ou de regarder à la gare. Et ça, ça évite les mouvements de foule qu’on a tout le temps en France quand les trains sont annoncés ! J’ai fait Lyon – Orange en train toutes les deux semaines pendant deux ans, et c’était bien galère ; Voyager en Allemagne a été un plaisir de ce côté là !
Aussi, il y a peu de limitations de vitesse sur les autoroutes allemandes et il n’y a pas de péage – c’est gratuit! – donc on peut se déplacer beaucoup plus rapidement. Mon covoitureur a ainsi fait Berlin – Stuttgart en moins de 5h, en faisant du 200km/h sur de nombreuses portions.
5. Des différentes culturelles
Ce qui m’a le plus marqué, outre les magasins fermés le dimanche (notamment les supermarchés, sauf ceux des gares ou aéroport), c’est de voir à quel point il est commun de payer en liquide. En France, j’avais pris l’habitude de payer par carte partout ou presque, alors qu’en Allemagne il n’est pas rare de voir marqué « nous n’acceptons pas les cartes de crédit » dans les restaurants, bars ou certains magasins. Je me suis par exemple faite avoir à la poste, qui n’acceptait pas les cartes VISA (ils acceptaient toutefois les cartes bankomat mais je n’avais pas de compte allemand). J’ai donc du retourner à la gare pour trouver un distributeur et revenir à la poste le lendemain matin pour qu’ils expedient mon paquet – et oui quand c’est l’heure c’est l’heure, vive la rigueur allemande ! Je serais revenue seulement quelques minutes après l’heure théorique de fermeture mais ils ne voulaient pas m’attendre..
Quoi qu’il en soit près cet épisode je me suis habituée à avoir du liquide – on ne sait jamais, en Allemagne !
D’autre part, une différence avec la France se trouve dans le tri sélectif et j’ai bien aimé cette incitation au tri avec le système de « Pfand » (consigne). Ca fait plaisir de voir des rues propres et de se dire que nos bouteilles auront une deuxième vie. Aussi, ça crée de nouveaux jobs et pas qu’une fois des sans-abris m’ont demandé si j’avais fini de boire pour qu’ils puissent récupérer ma bouteille et la ramener contre une dizaine de centimes.
Voilà, c’était le bilan de ces 6 mois mais j’aurais pu écrire beaucoup plus encore, n’hésitez pas à commenter si vous avez des questions 🙂

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