Poèmes marocains

Je partage ici quelques poèmes écrits au Maroc pendant mon voyage hivernal au Maroc, en ce début 2019.
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Tanger
Pas d’adresse, pas de numéro
Comme si j’étais sur un îlot
Ici il n’y a pas de goudron
Ni de fenêtres dans le salon
Pourtant ils m’offrent ce qu’ils ont
Et je m’ouvre à leur religion
Là où la différence pourrait nous séparer
Elle nous donne matière à échanger
Et plus forte que toutes les inégalités
Une amitié indicible est née
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Tanger
Ca y est, je suis de l’autre coté
Mêmes maisons blanches, même Méditerranée
Mais c’est différent pour les opportunités
Le pays s’enlise dans la corruption
A quand la rédemption ?
La santé et l’éducation pour tous
La précarité et l’ignorance, ouste !
Je foule le sol marocain
Et pense à mon confort européen
Où parler du lendemain
Et créer de nouveaux besoins
Est mon quotidien.
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Rabat
Je cours, je saute, je tombe, je ris.
Progressivement, je reviens à la vie.
Mes muscles se détendent,
Et me revois dans les Andes.
Je me sens prête à grimper
En haut du minaret
Ou à traverser le désert
Aller vivre chez les berbères
Un jour acrobate,
Et je rebondis sur l’ouate
Un autre troubadour,
Et je déambule dans Tours
De l’énergie à revendre
Des congés à prendre
Quand on peut tout imaginer
Sauter sur les palmiers
La vie est riche, la vie est belle
Même sans oseille.
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Marrakech
Les corps s’entrechoquent
Pendant ce temps je suffoque
Des chinois, partout
Cette invasion me pousse à bout
Je suis ici pour l’authenticité
Mais je me retrouve dans un fac-similé
À débourser mes dirhams à tout-va
Et enrichir les bourgeois.
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Marrakech
Carrefour entre l’Afrique et l’Europe
C’est toujours le cas
Sauf qu’aujourd’hui le rapport de force est différent
On ne commerce plus pour survivre
On achète car on ne sait plus quoi faire
De cet argent qu’on gagne, de ces lignes de zéros sur le compte
Alors on consomme, et on consume la planète
Donner un billet est si facile
Bien plus que de créer
Que de mettre les mains dans le cambouis
Obsédés par la réussite sociale
Nous passons notre temps à nous préoccuper de futilités
Et lentement nous mourons de l’intérieur
Pendant que le reste du monde ploie sous nos déchets
Sans structure pour les recycler et ne sachant qu’en faire
Ils sont mis au rebut par la mondialisation
Indésirables, indésirés
Ils sont pourtant là
Comme des apatrides
On les ignore on fait comme s’ils n’existaient pas
Mais le fait est là
L’économie linéaire est un désastre.
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Tagounite
Ici le Soleil abîme mon visage
Dans mes rêves, je trouve l’Oasis et nage
J’ai soif, j’ai faim, toujours le manque
Qui ne peut être comblé par mon compte en banque
Soif d’aventure et d’expérience
Qui si je reste se transforment en carence
Alors sac au dos je pars
Sous les palmiers je m’égare
Je monte en haut des dunes
Et m’imagine décrocher la Lune.
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Tagounite
Assise dans un champ de palmiers
J’observe le Soleil se coucher
Ses doux rayons fouettent gentiment mon dos
Je m’imagine cavaler sur un chameau
Face à moi l’Algérie
Une autre patrie
Je vois la roche saillante
Que j’effleure avec ma phalange scintillante
Et le Soleil toujours là
M’éloigne du trépas
Car la frontière est gardée
Je ne peux m’y aventurer
Si seulement je pouvais disparaître
Assister à la dislocation de mon être
Puis réapparaître, mais invisible
Et avancer sans ne plus être une cible
Je donnerais n’importe quoi
Pour me volatiliser en un claquement de doigts
Voyager quelques siècles en arrière
Rencontrer mes ancêtres
Je le sais je le sens
Dans ce désert ils ont répandu leur sang
D’où je viens où je vais
Je n’en sais rien mais ils m’aideraient
Pendant ce temps le Soleil continue sa descente
Moi, au milieu de ce champ, j’y monterai bien ma tente
Pour rester un peu plus dans ces terres arides
Où mon coeur, lui, devient fertile.
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Tagounite
Fille du désert un jour
Avec mon turban je joue des tours
Je me métamorphose et disparais
Me revois pagayer dans les marais
Quand on nous a tout pris
Quand on n’a plus d’abris
On a toujours cette énergie folle
Parfois destructrice si on s’immole
Mais aussi créatrice et libératrice
Elle ouvre toutes les portes
Fait trembler toutes les cohortes
Je ne fais qu’une avec la terre
Je n’ai aucune limite, d’autre que la mer
Aussi forte qu’Atlas pour porter le monde
Aussi brave qu’un soldat qui fait la ronde
Mon corps et mon esprit peuvent tout endurer
Je peux toujours me dépasser
C’est une discipline, certes
Je dois rester alerte
Mais si je suis moi-même
Si je parviens à éviter l’anathème
Alors chaque jour sera un peu meilleur
Alors chaque heure sera du pur bonheur
Et je n’aurai plus peur d’être intègre
Mon quotidien n’aura plus cette saveur aigre
La créativité, encore et toujours
Pour mener une vie sans détours
Prendre des décisions qui me ressemblent
Et ne plus avoir la voix qui tremble

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