POURQUOI JE NE VAIS PLUS CHEZ H&M, ZARA ET TOUTES LES ENSEIGNES DE FAST FASHION

L’extrait de l’infographie « la mode sens dessus dessous » de l’ADEME résume bien la situation :

« Chaque année,elle émettrait plus de 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre, soit environ 2 % des émissions globales de gaz à effet de serre. C’est plus que les vols internationaux et le trafic maritime réunis. En 2050, le secteur textile émettrait même 26 % des émissions globales de gaz à effet de serre si les tendances actuelles de consommation se poursuivent. »

Ce rapport éclairant (et surtout alarmant) de l’ADEME ouvre les yeux sur l’impact de l’industrie de la mode, dont on connaît déjà de nombreux déboires depuis l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013, une usine où travaillaient des ouvriers qui fabriquaient des habits de fast fashion.

Un autre chiffre qui fait réfléchir :

« 100 milliards de vêtements sont vendus chaque année dans le monde. Leur production a tout bonnement doublé entre 2000 et 2014 ! »

La question que je me pose est : POURQUOI ? A-t-on vraiment besoin de plus d’habits qu’il y a vingt ans ? A priori non, le climat n’a pas beaucoup changé, et s’est même un peu réchauffé, donc on porte moins d’épaisseurs qu’avant !

C’est tout le paradoxe de notre société court-termiste qui crée du besoin chez le consommateur pour lui vendre des produits dont il n’a pas besoin, lui qui vit déjà confortablement et ne sait plus quoi faire de tout ce qu’il a accumulé.

Finalement Oscar Wilde l’avait déjà bien résumé à la fin du XIXe siècle :

« Nous vivons à une époque où les choses inutiles sont devenues notre seule nécessité » (Le portrait de Dorian Gray)

Dès lors, que faire ? Marcher nu dans la rue en signe de protestation ? Je ne doute pas de l’efficacité du message, mais plutôt que de finir avec un casier judiciaire bien garni, on peut dès à présent changer ses habitudes de consommation. Et ca prend deux minutes.

Il faut pour cela…

Acheter des habits de seconde main !

J’avoue, je n’étais pas trop fana de l’idée au début. Parce que l’on grandi tous habitués à avoir des habits neufs, qu’on est excité d’enlever l’étiquette et de les mettre pour la première fois. Oui mais…

Les habits de bonne qualité paraissent toujours aussi neuf même des années après leur achat, et c’est quand même bête de se priver de bons articles sous prétexte qu’ils ne sont pas nouveaux. Non ?

La première solution est de se rendre sur les marchés, en tout cas à la campagne il y a toujours un coin avec des habits de seconde main. J’ai ainsi pu acheter deux paires de jean Levis à 10€ chaque, moi qui jusqu’alors payait plus souvent mes jeans 15/20€ chez H&M, Mango ou Camaieu mais me retrouvait à les changer tous les trois ou quatre mois car ils s’effilochaient. Là j’ai rapidement vu que c’était une matière première bien meilleure, je sens qu’ils vont durer !

Dans les villes, il y a aussi souvent des magasins de fripes et ça vaut le coup d’essayer. Vers chez mes parents, il y a carrément une cave du troc où l’on peut apporter des affaires et les échanger gratuitement contre d’autres !

Sinon, il y a des plateformes en ligne et ça c’est une belle avancée aujourd’hui. J’ai testé l’application Vinted, une plateforme où l’on peut acheter des habits, chaussures ou accessoires à des utilisateurs (vous, moi) qui veulent s’en séparer. Ce qui est très pratique, c’est de pouvoir chercher en fonction de sa localisation et donc récupérer des habits dans son patelin ! J’habite à la campagne, à près d’une heure de route de la ville de 100 000 habitants la plus proche (Avignon) et pourtant j’ai été surprise de voir la myriade d’articles que je pouvais acheter dans un rayon de 10km autour de chez moi.

Résultat : j’ai pu récupérer cette magnifique chemise Levis à 10€, moi qui n’avais jamais acheté d’habits neufs de cette marque car elle est bien trop chère ! Je me retrouve ainsi avec trois pièces Levis, après les deux paires de jean achetées sur le marché. Pour le même prix, j’aurais sûrement pu avoir un chemise chez H&M, mais de piètre qualité, et j’aurais sûrement du la remplacer au bout de quelques mois.

De retour en Autriche, j’utilise willhaben (« le bon coin » du pays) et j’ai récupéré plus d’une dizaine d’articles en une semaine (je prépare un tour à vélo, et j’ai pu acheter de bonnes tenues de vélo à un prix dérisoire !). Outre le prix, c’est aussi une plateforme sociale qui permet de faire des rencontres. Un grand-père autrichien m’a ainsi retenue quelques temps et raconté ses aventures à vélo quand il était plus jeune.

J’ai aussi pu récupérer une superbe paire de Nike comme neuve à 20€, que j’aurais sûrement payée quatre fois le prix si je les avais achetées en magasin !

Ce qui me plaît beaucoup avec l’achat d’habits de seconde main, c’est que c’est une excellente allocation des ressources. Et surtout le prix fixé se rapproche d’un prix d’équilibre, entre des offreurs qui veulent se débarrasser d’objets superflus (et sont donc prêts à s’en séparer à un prix bien en-deçà du prix initial) et des demandeurs qui sont prêts à faire des concessions sur la qualité du produit (usure, etc) pour avoir un prix au rabais.

Alors oui il y a des asymétrie d’information (le vendeur peut mentir sur le produit, son état, ses caractéristiques, etc) mais pour moi qui ai étudié l’économie le marché de l’occasion passionnant ! Et contrairement à la théorie que développait l’économiste Akerlof, prix Nobel d’Economie aux côtés de Stiglitz et Spence en 2001 pour – justement – ses travaux sur les asymétries d’information, les bas prix n’incitent pas les vendeurs de produits de qualité à quitter le marché. En tout cas, c’était peut être le cas en 1970 lorsqu’Akerlof a écrit son article, mais aujourd’hui les asymétries d’information se sont fortement réduites avec les plateformes en ligne qui permettent d’évaluer les vendeurs (prenez l’exemple d’Ebay, personne n’a envie d’acheter un t-shirt à quelqu’un qui à 2 étoiles sur 5). Et c’est pareil sur Vinted, puisque le vendeur et l’acheteur s’évaluent mutuellement ! Ce système favorise ainsi la transparence de l’information du marché et c’est pour moi l’une des raisons principales du succès. Un marché sans confiance, c’est comme un vélo sans roues, ça ne fonctionne pas.

Des habits d’occasion, mais dans quel état ?

Jusqu’à présent (et j’ai acheté plus d’une vingtaine de produits) je me retrouve 90% du temps avec des affaires quasiment neuves ! Les personnes auxquelles j’achète ce qu’il me faut ne les ont soit jamais portées, car la taille était trop petite, ou que le modèle ne leur plaisait pas, ou encore que c’était un cadeau qui ne leur a pas plus…En utilisant ces applications, je réalise à quel point notre modèle de consommation est dépassé : je ne vois plus du tout l’intérêt d’acheter des habits neufs, puisqu’il y a une profusion d’habits qui sommeille dans nos maisons, attendant un preneur.

Et ça ne s’arrête pas aux habits : électronique, meubles… on peut véritablement tout acheter d’occasion !

Voici une idée des derniers achats que j’ai pu faire, tout à prix cassé et en très bon état :

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Alors, on passe à l’occasion ?

 

 

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