Du Danube aux lacs autrichiens : une semaine d’odyssée à vélo

JOUR 1 : premières frayeurs 

Lundi à 13h30, c’est le grand départ de Vienne. Sacoches attachées à l’arrière du vélo, sac à dos fixé avec des tendeurs sur le porte-bagage, et hop c’est parti !

Tout commence bien, je suis le fleuve du Danube et traverse la Donauinsel, une « île » longue de plusieurs kilomètres au nord de Vienne qui est aussi le repaire des nudistes. Première chute à vélo, mais rien de cassé, et je continue ma route. Pour l’instant c’est facile de se repérer, je suis l’itinéraire « Euro Vélo 6« , qui est une piste cyclable partant de l’Atlantique et se terminant…dans la mer Noire !

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Mais parfois la signalisation est mauvaise, et après deux heures sur la piste, je suis déjà perdue.

Je me retrouve à Stockereau, une ville aux abords de Vienne, plutôt charmante et pas bien grande. Chanceuse, j’avais trouvé un billet de 5€ dans la rue en partant de chez moi. J’en profite ainsi pour le dépenser dans un café et m’offre une bonne limonade aux fruits des bois. Je suis prête à repartir !

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Je tourne en rond pendant une heure, à la recherche de panneaux. Finalement je retourne sur mes pas, à quelques kilomètres de là, et réalise que j’ai raté un panneau et suivi la mauvaise route…Ce schéma se reproduira souvent les jours suivants : les panneaux « euro vélo » sont globalement petits, et comme ils sont en verts, ils se fondent souvent dans le paysage. En moyenne je me perdrai 1 à 2h par jour cette semaine-là. Pas trop mal pour le début d’un voyage sans téléphone…

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Plus tard, vers 19h, j’entends tout à trac le tonnerre et c’est au beau milieu d’une tempête que je me retrouve. Heureusement pour moi, je trouve rapidement un abris sous un pont, protège mon mon équipement et attends. Attends. Attends… Finalement, ça se calme autour de 20h30 et il est temps car on approche du coucher du soleil.

Je me remets en route et me dis que ce soir je ne dormirai pas sous un pont. Ouf. Une centaine de mètres plus loin, c’est mon jour de chance et je trouve un emplacement parfait pour monter ma tente, avec vue sur le Danube. Je la monte rapidement, observe la lumière changer autour de la ville.

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BILAN = 7h sur la selle et 51 km de vélo !

JOUR 2 : arrivée dans les vignobles

Je me réveille à 5h du matin, lors du lever du soleil. Je n’ai quasiment pas fermé l’oeil de la nuit, entre le passage des voitures pas loin de là, le bruit des vagues qui s’explosent sur la côte (merci aux bateaux!) sans oublier les moustiques qui m’ont dévoré le corps (j’ai plus de 50 piqûres à ce stade). J’ai du dormir deux heures, pas plus, mais il faut que je démonte ma tente. Je n’ai pas envie de rester à découvert, surtout que je vois déjà des passants de l’autre côté de la rive.

Je me rendors dans mon sac de couchage cachée par les fourrés, et me réveille deux heures plus tard avec des limaces à côté de ma tête et d’autres dans mes affaires. Ca pourrait être pire !

Je repars en pensant suivre la bonne route, mais c’est l’erreur fatale : comme il faisait nuit la veille je n’avais pas vu le panneau « euro vélo », et c’était en réalité au pont où je m’étais abritée que j’aurais du tourner. Résultat, je longe le Danube pendant près d’une heure sur la mauvaise rive, et atteins sur un chemin de terre qui semble s’enfoncer dans la forêt…Je fais demi-tour, traverse le pont et arrive (enfin!) dans Tulln, que je voyais depuis ma tente. Affamée (je vivais sur des réserves de fruits frais et secs depuis la veille) je me sens bénie de dieu lorsque je vois un Mc Donald’s et une station essence sur ma route. Je ne vais normalement pas au Mc Do, mais j’ai besoin de carburant et c’est exactement ce qu’il me faut. J’avale en deux deux un wrap Schnitzel bien gras, fait quelques emplettes à la station essence (note à moi-même : ne plus jamais s’arrêter dans ces magasins, tout est trois fois plus cher qu’à la normale et pas bon), et repars.

Cette fois-ci je fais bien attention aux panneaux, et ne me perds plus. Je bombarde sur la piste cyclable toute la journée, et ne m’arrête que par deux fois :

  • la première en milieu d’après-midi, dans la ville de Krems, pour faire des courses au Hofer (Aldi). C’est la première fois que je fois un supermarché sur ma route, je ne sais pas quand l’occasion se représentera !
  • la deuxième après le village d’Hundsheim (littéralement : le foyer des chiens, la langue allemande est décidément très terre à terre) où je me pose en face du Danube pour étudier ma carte.

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Je traverse des paysages incroyables en fin de journée, et je comprends mieux pourquoi tous les autrichiens me parlaient fièrement du Wachau : c’est une région viticole avec des « Weinbergen », c’est-à-dire des vignobles sur des collines. Ca me rappelle beaucoup les environs de Stuttgart, et là où j’ai grandi aussi !

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Alors qu’il est 19h bien sonnées, je commence à fatiguer et cherche un spot pour la nuit. De l’autre côté de la rive, je vois marqué « Spitz », en déduis où je suis en regardant ma carte et me dis que j’en ai assez fait pour aujourd’hui.

En marge de la piste cyclable, je trouve un bosquet et cache mes affaires derrière le plus gros des arbres. Qui n’est pas bien gros, mais ça fera l’affaire. Il fait bon, et puisque je n’ai pas trouvé de coin assez isolé pour monter ma tente en toute discrétion, je dors à la belle étoile emmitouflée dans mon sac de couchage.

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BILAN : 8h30 de vélo et 75km parcourus !

 

JOUR 3 : journée sans fin, mais premier bain 

La nuit est reposante, et je dors environ 6h. Je me réveille encore une fois avec les premiers rayons du soleil, et pars sur les coups de 7h du matin. J’arrive à Melk (cliquez ici pour l’article où je parle plus en détail de la ville) après une bonne heure de pédalage, et fais une pause bien méritée. Assise sur le bord d’un trottoir, je sors du pain et du fromage et observe l’abbaye. Deux autrichiennes m’abordent : la première me souhaite bonne appétit, et la deuxième me demande si j’ai besoin d’aide avec toutes mes affaires. C’est bien la première fois que des autrichiens m’adressent la parole depuis que je suis partie, ils sont de nature réservés et je m’y suis habituée. Le seul « contact » que j’ai depuis je que je suis partie, c’est lorsque je suis sur mon vélo et que je salue les cyclistes que je croise…

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Melk est toujours aussi touristique, et je suis contente de quitter la ville. J’arrive en fin de matinée à Ybbs, m’y perds comme à peu près dans chaque bled que je traverse car la signalisation vélo se perd dans celle des voitures, puis repars après une pause Kartoffelsalat (j’avais acheté ça la veille au Aldi, ce fut mon repas).

L’après-midi sur la route euro velo 6 : 

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Après avoir passé deux journées et demie à suivre le Danube, la route euro vélo quitte les abords du fleuve pour s’enfoncer un peu dans la campagne autrichienne. Je suis contente de ce changement de paysage, même si paradoxalement cela signifie aussi que la route n’est plus plate… Je me fais d’ailleurs doubler dans une montée par un papy autrichien en vélo électrique, qui me sort « Es geht mir leicht! » (« c’est facile pour moi! »). Sans blague…Au cours de cette semaine j’en croiserai encore et encore, des retraités autrichiens sur leur bécane. C’est frustrant, mais je fais avec. Je n’ai pas le choix, de toute façon…

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Première galère après le village d’Agadder, puisque je déraille en pleine montée. Je venais justement de croiser un autrichien qui m’avait lancé « Fahrrad ist gesund! » (« le vélo, c’est bon pour la santé! »). Je ne pourrais être plus d’accord. Je mets les mains dans le cambouis, et repars avec le visage basané.

A 17h, j’arrive enfin à Wallsee et je suis contente d’avoir réuni les dernières forces que j’avais pour pédaler jusque là. See signifie lac (ou mer) en allemand, et je me doutais bien que je pourrais me baigner…Je n’ai pas pris de douche depuis 3 jours maintenant, c’est un pur bonheur que de faire trempette.

Je commence à être au bout du rouleau, mais ne vois pas de bons endroits pour camper. Je ne me sens pas d’attaque pour une nouvelle nuit dans les bois, j’ai le sentiment que les moustiques ont déjà sucé tout le sang de mon corps.

J’erre pendant plus d’une heure sur l’euro vélo 6, à la recherche d’un endroit calme, pas trop sauvage ni loin des habitations. Finalement j’arrive dans le village de St Panteleon à 19h30, tourne en rond puis trouve un spot en marge du village à côté d’une hutte abandonnée, près d’un bosquet et d’une mare. Comme la nuit d’avant, il fait assez chaud pour ne pas avoir à monter ma tente, et je dors dans mon sac de couchage. Je me dis que ce n’est encore pas ce soir que je pourrai cuisiner, les deux nuits d’avant il avait plu et ce soir je suis trop proche des habitations…

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Bilan : 9h de vélo et 100km parcourus, record personnel !

Jour 4 : bienvenue dans la campagne autrichienne profonde

Je me réveille plus tôt que d’habitude, vers 4h15, plie bagage et me remets en route à 5h. C’est de loin la pire nuit que j’ai passée, je n’avais pas anticipé le concert des grenouilles dans la mare qui a duré une bonne partie de la nuit, en parallèle de (l’autre) concert dans la ville.

A peine sortie de St Panteleon, je m’allonge dans l’herbe et m’endors pendant deux heures, bercée par les rayons du soleil qui transpercent le ciel bleu azur.

De nouveau sur pied, je continue sur l’euro vélo 6 et arrive à Enns.

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Je suis encore une fois perdue, mais mon sens de l’orientation me dit que ce doit être précisément ici que je quitte l’euro vélo pour descendre plus au sud-ouest. Et je n’ai pas tord ! Je grimpe en ville, m’arrête à l’office de tourisme qui me remet une carte avec les itinéraires vélo de la région (je suis désormais en Oberösterreich, « Haute-Autriche »). Cette carte me sauvera clairement la vie les jours suivants !

Je quitte ainsi définitivement le Danube et l’euro vélo, pour des routes moins touristiques (je croisais tous les jours des centaines de cyclistes, généralement en groupe ou couple). Je fête ce nouveau départ par des courses au Penny, une sorte de Lidl, fait peser les pommes à la caisse pour éviter les sacs en plastique, amasse les bananes, du pain, du Bergkäse (« fromage des montagnes ») et lentilles en boîte. C’est reparti !

Pour une fois je ne galère pas pour trouver l’itinéraire, mais prends tout simplement la route dans le mauvais sens. Oups. A 10h40, je m’élance enfin sur la R14, dans la bonne direction.

Qui dit ne plus suivre le Danube, dit traverser des collines, comme je l’avais pressenti. C’est donc des hauts et des bas, littéralement et mentalement, que je traverse. Les deux étant tout à fait corrélés.

Le joli village de St Florian, qui cachait une terrible côte à sa sortie :

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J’atteins Neuhofen pour la pause déjeuner, passe un coup de fil à mes parents, mange un bout, fait une escale infructueuse dans un magasin de vélo pour acheter des sacoches qu’ils n’ont pas, et me procure enfin de l’anti-moustique (la citronnelle n’est définitivement pas la solution quand on se fait ravager par ces traîtres bestioles).

A l’approche de 15h je remonte sur la selle, et suis la route R10 qui longe un cours d’eau.

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Bien sûr, en arrivant dans la ville de Kremsmünster je ne vois plus de panneau, et me retrouve sur la route des voitures qui me lessive un peu plus, moi qui suis déjà bien entamée physiquement après trois nuits de pseudo-sommeil. Surtout, je déraille dans une montée et c’est franchement pas l’idéal avec les voitures qui arrivent à toute allure. Mais je remets rapidement la chaîne en place, et repars. Ouf.

C’est quasiment 18h et j’arrive à Wartberg, à la recherche de la R13 qui doit me mener au lac Traunsee. Je vois la R10, mais pas de R13, il faut dire que la carte que j’ai récupérée le matin même n’est pas des plus précises. Je décide de retourner sur mes pas, et de prendre la R10 pour retourner à Kremsmünster et dormir dans un camping que j’avais vu indiqué. Je ne me sens pas d’aller au lac, c’est encore à deux grosses heures de vélo et je suis claquée. Surtout, je n’ai pas la force de dormir à la belle étoile ce soir, j’ai envie d’un peu plus de confort.

Je prends donc l’itinéraire vélo que j’aurais du emprunter à l’aller au lieu de prendre la route des voitures, et vois après quelques kilomètres un signe avec un vélo et marqué « Ferienhof » (hébergement de vacances). Je me dis que c’est parfait ! C’est indiqué à 2km, j’y serai dans quelques minutes. Erreur fatale ! C’est une montée du diable, je me retrouve à pousser mon vélo les trois quart du temps, ayant l’impression d’avoir un âne mort sur les bras. Après une montée qui me semble interminable, j’arrive trempée comme une soupe devant une maison. L’autrichien ne comprend pas mon allemand, et je ne comprends pas le sien. Ce n’est pas mieux avec son fils : je comprends qu’il lui demande s’il capte ne serais-ce qu’un mot qui sort de ma bouche, et il fait non de la tête.

Je me dis que c’est donc ça l’Autriche profonde dont on me parlait quand j’habitais à Vienne. La campagne reculée où les gens ne parlent qu’en dialecte, et il fallait que ça tombe ce soir là !

Finalement, sa femme sort de la maison et avec elle ça se passe beaucoup mieux. Je suis prête à fondre en larmes, après quatre jours sur les routes je sens que j’ai continuellement repoussé mes limites.

Elle me montre une chambre qui est davantage un petit studio, j’ai une douche avec deux plaques de cuisson, je lui parle un peu de moi puis elle me laisse vaquer à mes occupations. Le bonheur de prendre une douche, de pouvoir (ENFIN) cuisiner, et de dormir dans un vrai lit. Tout ca pour seulement 25€, je me dis que ça vaut l’or du monde.

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BILAN :  7h sur les routes et 60km de vélo…

Jour 5 : Les lacs, enfin !

Je me réveille à 9h30, pour une fois pas perturbée par le cycle du soleil. Pour la première fois depuis que je suis partie (cela fait maintenant 4 jours) je me connecte à internet et donne des nouvelles à des amis. Ca me fait du bien de me reconnecter, après les folies des derniers jours.

Je prends mon temps et pars vers midi, en direction du lac Traunsee. Épuisée de ne jamais trouver les pistes cyclables indiquées sur ma carte, j’interpelle une autrichienne dans la rue en mode Pékin express et lui demande par où je dois aller. Elle parle allemand avec un gros accent, roule les R en me répétant bien « geRrrrrrade aus! » (tout droit!). C’est donc reparti, et je réalise rapidement que ce n’est clairement pas la route pour les vélos, ça ressemble comme deux gouttes d’eau à la route horrible de la veille. Mais n’ayant pas d’autres options, et sachant que le lac n’est qu’à une trentaine de kilomètres, je me dis que je survivrai.

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Encore une fois, ça monte, ça descend, mais c’est bien pire que les fois précédentes. Ca monte beaucoup plus sec, et ça descend plus vite aussi. Je croise trois cyclistes, tous sans bagages. Dire que j’ai environ 15kg sur le bagage arrière, avec l’eau et la nourriture, sans compter le poids du vélo et le mien… Je ne sais pas où je trouve cette énergie de continuer avec quasiment trois cents kilomètres dans les jambes. Je crois que dans ces cas de figure, notre corps se met en mode survie et on découvre de nouvelles sources d’énergie sans fin.

Sur la route, je trouve deux magasins de vélo mais aucun n’a ce que je recherche. Depuis deux jours, je me suis mise en quête d’acheter des sacoches pour les roues avant afin de répartir le poids. A chaque coup de pédale, je sens que tout le poids est à l’arrière et c’est terrible. Quand c’est plat tout va bien, mais maintenant que j’ai quitté le Danube c’est la punition à chaque seconde…

Quoi qu’il en soit je continue ma route, monte, descends, remets le sac à dos sur le porte bagage en place et surtout les lanières qui ont la fâcheuse tendance à pendre, et repars.

J’approche enfin de Gmunden, la ville qui est au nord du lac Traunsee, et les choses sérieuses commencent. Il y a énormément de trafic, pas de pistes cyclables, et j’arrive dans une zone industrielle. Je commence sérieusement à me dire que c’est dangereux d’être là, mais ne vois pas d’alternative. Je roule autant à droite que possible, essaie de tracer malgré la douleur, et porte évidemment mon gilet jaune comme à chaque fois que je suis sur une grande route (et le casque, bien sûr!).

Le look gilet jaune tendance été 2019 (ps : je ne suis pas affilée au mouvement, merci) :

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Finalement j’arrive à Intersport, situé au coeur de la zone industrielle. Je ne pensais pas trouver le magasin si facilement, j’avais jugé bon de suivre les panneaux qui indiquaient une arrivée par l’ouest de la ville mais ne savais pas vraiment ce que je faisais. Puis ma carte n’est tellement pas précise qu’elle était d’aucun intérêt.

Je me dis que tous mes efforts vont enfin être récompensés, car l’Intersport est gigantesque et qu’il y aura forcément des sacoches. Encore une fois, c’était parler trop vite…Sacoches pour l’arrière oui, pour le guidon oui, mais pour les roues avant, négatif.. Je demande au vendeur s’il connaîtrait d’autres magasins qui en auraient, pour la troisième fois de la journée. Il me dit que non, qu’il faudrait que j’aille à Wels qui est l’autre ville la plus proche, mais pas du tout sur ma route… Déçue, mais acceptant la réalité des choses, je quitte le magasin et demande ma route à une autrichienne qui engage la discussion avec moi sur les abords du parking. Elle m’indique une route plus sûre que le périph, qui me mènera au centre-ville. Soulagée, je me remets en route.

J’arrive dans le centre, plutôt charmant je dois dire. Un marathon vient visiblement de se terminer, mais je n’ai pas trop le temps de m’y intéresser. J’ai le mien à finir.

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C’est bientôt 18h, et l’idée est d’aller à un autre lac pour camper. Ma mère avait fait quelques recherches la veille, et il n’y a pas vraiment de spots sur la partie du lac que j’emprunte.

Bien sûr je me reperds, prends la mauvaise route et reviens en centre-ville. Carte grande ouverte et l’air sûrement décontenancée, un autrichien m’aborde en me disant qu’il est passionné de vélo et que la route R2 est de l’autre côté. Aaaah… Il m’explique que je dois continuer tout droit pendant 1km, puis tourner à droite et suivre les panneaux. Merci monsieur !

C’est reparti pour vingt kilomètres de montées et de descentes, très abruptes cette fois-ci car c’est presque uniquement une route pour les vélos. Après une première côte mes efforts sont toutefois récompensés, et j’observe une jolie vue sur le lac Traunsee :

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Je me retrouve plus d’une fois à descendre du vélo et le pousser. Si la veille j’avais l’impression qu’il pesait un âne mort, aujourd’hui c’est au moins deux bisons. Bien sûr, au moment où je suis dans une montée qui me laisse veule, un retraité autrichien me dépasse sur la gauche en vélo électrique en me criant « Ich fahre Motor! » (« je roule avec un moteur! »). Ha. Ha. Ca commence à ne plus me faire rire du tout…

Alors que je sors d’un n-ième bled, la signalisation s’arrête et je ne comprends plus ou aller. A gauche ? Non, c’est sans issue. Tout droit ? Ca passe sous l’autoroute, et ma carte me dit que je ne dois pas la traverser… Finalement j’arrête une voiture, et le conducteur me confirme que c’est bien par là. Bon, c’est parti, alors !

20h approche, et j’arrive à Shörfling, la première ville qui borde le lac d’Attersee.

C’est alors qu’un cycliste déboule d’une autre route, arrive à ma hauteur et me tape la discute. Je m’enquiers rapidement des spots pour y faire du camping, et il a l’air perplexe. Il y a bien des emplacements vers Nussdorf, mais ça fait loin…non, peut-être Litzlberg, il doit y avoir quelque chose là-bas. Il m’indique la route à suivre, en s’assurant que j’ai bien compris, et me quitte. « Oben bis die Kirche, unten, dann rechts über die Brücke, und links… ». Je me le répète en boucle dans la tête, pour ne pas oublier. En haut jusqu’à l’église, descendre, puis à droite sur le pont, et à gauche…

Je trouve le chemin, et continue pendant quelques kilomètres. J’arrive à Litzlberg, et ne voit aucun spot. En fait, depuis que je roule, je vois uniquement des signes « propriété privée » et des résidences privées au bord du lac... Je me dis que chaque autrichien doit avoir son lopin de terre, et y venir pendant les vacances. Impossible donc d’y faire du camping sauvage, c’est la période haute et on est à découvert nulle part.

Finalement, j’arrive sur les coups de 21h à la ville d’Attersee (du nom du lac), et vois un signe sur la droite avec marqué « Camplatz« . Ca ressemble plus à un camping improvisé qu’autre chose, étant donné que c’est sur la pelouse d’une maison. Mais mes mouvements précèdent ma réflexion et je m’entends déjà demander à l’autrichienne que je vois là si un emplacement est disponible pour la nuit. Elle m’indique qu’il faut que j’aille toquer à la maison d’à côté, et je tombe sur un autrichien quadragénaire mais djeuns, qui a Thrift Shop pour sonnerie, et qui s’efforce de me parler en allemand standard pour que l’on puisse communiquer. Il demande l’aval de la grand-mère (la sienne?) qui loue les emplacements, et c’est bon. Il n’y a pas de douche mais un accès direct au lac, et il y a des toilettes. Je vais enfin pouvoir dormir sereinement dans ma tente !

En plus, j’arrive au moment du coucher du soleil et les paysages sont magnifiques. Il n’a pas fini de me parler que j’ai déjà dégainé mon appareil photo pour immortaliser le moment.

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Bilan : 7h30 sur la selle, et 65km de vélo !

JOUR 6 : des lacs, des autrichiens, et (enfin) du repos 

C’est samedi. J’hésite entre rester là et partir, puis je me dis que ce serait quand même bien de trouver un vrai camping pour le weekend, afin de pouvoir faire une lessive (enfin), me décrasser (pour de vrai), et avoir un accès à internet (histoire de confirmer que je suis en vie).

Je me réveille vers 8h, prolongeant le sommeil après un bref réveil à 5h en mettant mon masque sur les yeux. Après une baignade, je tombe sur un autrichien quadragénaire qui incarne pour moi le cliché du pays : grand beau gosse blond, élancé, bronzé, bilingue, avec deux enfants blonds, la vie bien rangée et évidemment extraverti, sociable…  Finalement, je crois que j’ai rencontré le blond de Gad Elmaleh ! Il propose d’ailleurs de m’aider à trouver des sacoches, fait des recherches sur internet mais ne trouve aucun magasin dans les environs. Ca attendra encore un peu…

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Je remonte sur la selle en fin de matinée, après avoir payé à la grand-mère la somme exigée (sérieux, seulement 6€?), et arrive à Nussdorf vers midi. En quittant Attersee j’avais récupéré un guide touristique à l’office du tourisme, et lu qu’il y avait un particulier qui réparait les vélos dans ce village. Après cette folle semaine sur les routes, je sens que les freins ne sont pas en grande forme et qu’il y a peut-être d’autres soucis. J’achète un petit pain dans une boulangerie, demande où est l’adresse à l’employée, grimpe la côte et sonne chez l’habitant. Je suis reçue quelques minutes plus tard par une retraitée adorable, qui m’offre thé et petits biscuits en attendant son mari.

A la vue de mon vélo, il prend peur : la chaîne est devenue bien trop longue, il propose de l’huiler mais m’annonce que je pourrai encore faire 300 ou 500km tout au plus. Ca lui semble faisable de continuer comme ça jusqu’en Slovénie, alors je prends le risque de la changer là-bas. Et moi qui avais un doute pour mes freins, ça se confirme : ils sont carrément morts, et il me les change. Il passe ainsi près d’une heure à s’occuper de mon vélo, je l’observe pour comprendre ce qu’il fait, et quand je propose de payer il me dit que c’est cadeau, que je suis étudiante et que ça lui fait plaisir de m’aider. Franchement on ne parle pas souvent de générosité pour qualifier les autrichiens, mais depuis le début de ce voyage, c’est le mot qui les décrit le plus ! Et par dessus le marché, ils sont modestes.

Je repars ainsi à 13h, en direction de Mondsee. Cette fois-ci je décide de ne pas suivre l’itinéraire pour les vélos, après une montée je comprends que je ne tiendrai pas le coup : autant prendre la route des voitures, et faire des ascensions progressives, plutôt que de souffrir autant sur quelques dizaines de mètres.

J’arrive ainsi à Mondsee en milieu d’après-midi, surprise de tomber sur un village aussi touristique : je n’entends que des américains, ou des asiatiques. Ca me rappelle Hallstatt, ce qui ne me donne pas envie de m’y éterniser.

Des américaines avec leur glace qui posent pour instagram :

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Je trouve malgré tout de la wifi gratuite, cherche rapidement un camping dans les environs, mange une glace au sureau (bio!) bien méritée, fait des courses à l’euro spar et arrive au camping après plusieurs kilomètres sur une route cabossée.

La technique pour faire rentrer les courses dans le sac :

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Le camping n’a pas vraiment de charme, mis à part l’accès au lac, mais je peux y faire une lessive, il y a l’eau chaude et du wifi. Ca fera l’affaire ! Surtout, mon look de pseudo femme des cavernes a semble-t-il convaincu l’employée du camping qu’il fallait me laisser dormir ici, même si la zone des tentes était déjà pleine et que la réception allait fermer dix minutes plus tard.

BILAN : 4h de vélo, 35km parcourus et une journée de repos bien méritée !

BILAN DE LA SEMAINE

C’est donc au bord du lac Mondsee que s’achève cette semaine, avec 386km parcourus et 43h de vélo. Il me reste encore à faire des ajustements de matériel (trouver des sacoches pour l’avant afin d’équilibrer le poids, un matelas et un coussin car dormir sur le sol n’est pas si confortable que ça), trouver mon rythme (je sens que je peux pédaler plus vite, et mieux), récupérer des cartes plus précises

Mais je le sens que ce voyage a commencé pour de bon, et j’ai hâte de remonter sur le vélo demain ! La suite ? Cap vers Salzbourg, puis le sud, vers la Slovénie. Je vais traverser une partie des Alpes, on verra si j’en sors indemne…

En attendant, j’espère que vous avez apprécié cet article et je vous dis à la semaine prochaine pour l’update sur la semaine 2 !

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2 réflexions sur “Du Danube aux lacs autrichiens : une semaine d’odyssée à vélo

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