La traversée des Alpes à vélo (semaine 2)

JOUR 7 : De la piste cyclable Mozart à l’Alpe Adria

Après une journée de repos à Mondsee, je repars sur les routes autrichiennes dans la matinée. La semaine commence mal, je pars sous une pluie battante en direction de Salzbourg. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a un chemin pour les vélos et que c’est un itinéraire fléché tout le long. Je découvre en m’arrêtant dans une office du tourisme que c’est la piste cyclable « Mozart », qui fait une boucle dans la région de Salzbourg. Et surtout, c’est principalement de la descente ! Je croise de nombreux cyclistes galérer dans la montée, et compatis.

J’arrive à Salzbourg vers 12h30, mange un goulash en boîte pas mauvais, récupère un coussin gonflable chez un particulier (je commençais à avoir des mals de crâne à force de dormir sans coussin), et me rends dans un magasin de vélo. Mauvaise nouvelle, ils n’ont pas de sacoches pour l’avant et le gérant qui travaille là-bas me dit que c’est la première fois en 15 ans que quelqu’un lui demande ça. Je réfléchis à une solution, ne pouvant vraiment plus continuer avec ce sac à dos sur le bagage arrière (il n’arrêtait pas de tomber ou dévier) et opte finalement pour un système avec deux sacoches arrières et une mini valise qui se clipse dessus et qu’ils vendent dans leur boutique.

IMG_1304 40€ déboursés, et un (gros) problème de réglé. Je peux renvoyer mon sac à dos en France avec quelques affaires que je n’utilise plus, et repartir sereinement sur les routes ! Les employés de ce magasin (VOGL Bike) sont adorables et me changent gratuitement mes freins, en plus de me laisser utiliser leur garage pour que je transfère mes affaires. Et je me dis que si je restais plus longtemps en Autriche je pourrais parler couramment des dialectes, ils parlaient un mélange d’allemand standard et de dialecte salzbourgeois, et j’ai plutôt bien compris !

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Vers 17h je me remets enfin en route. Direction le sud et les Alpes. Je n’avais aucune idée de la route, lorsque j’apprends qu’il y a carrément une piste cyclable qui mène de Salzbourg à Udine, en Italie ! C’est, qui plus est, une piste cyclable européenne, comme celle que j’avais empruntée le long du Danube. Cela signifie qu’il y aura une bonne signalisation et que je n’aurai pas de gros problème d’orientation, ce qui est un soulagement comme je voyage sans téléphone.

Je suis ainsi le fleuve Salzach, sur une route plate. Après la traversée de la campagne autrichienne quelques jours auparavant, je revis. Je m’arrête dans la ville d’Hallein pour faire des courses, et me fais pour la première fois depuis le début de ce voyage aborder par un autre cycliste. Enfin, il n’est pas sur les routes en ce moment mais habite dans le coin et a fait de nombreux voyages à vélo. Il me donne des conseils, insiste plus d’une fois pour m’aider et nous échangeons nos contacts. Je me dis que j’ai enfin rejoint la communauté des cyclistes, ça fait plaisir !

Je continue à vélo jusqu’à 20h, entourée de montagnes, me sentant comme à la maison dans les pré-Alpes françaises. Voyant la luminosité décliner, je me dis qu’il est temps de trouver un endroit où dormir. C’est là que je vois un signe « camping » sur la droite, je le suis par hasard et tombant sur un vulgaire camping pour caravanes sans charme, continue ma route en suivant les panneaux qui mènent à une cascade. Je trouve un spot avec vue sur le village de Gölling, à deux pas de la cascade et y monte ma tente. La nuit est fraîche, mais le coussin fait la différence et je dors (pour une fois) plus de 7h.

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Bilan : 5h30 de vélo et 65km parcourus !

JOUR 8 : le dur commence

Réveil aux aurores avec la lumière du jour, avec la brume toujours présente autour des nuages. Je n’ai pas très envie de partir, c’est agréable d’être ici mais je suis assez proche d’habitations et n’ait pas très envie de me faire repérer. Je prends mon petit déjeuner à côté de la cascade, et me remets en route.

Bien sûr la journée commence par des kilomètres inutiles, et je me perds en suivant la mauvaise route : je regardais ma boussole et trouvais ça étrange d’aller autant à l’est, mais voyant que je suivais la rivière je pensais que c’était bon. Erreur fatale, c’était une autre rivière…Il faut dire aussi que la signalisation était trompeuse, et je n’étais pas assez attentive. Mais le coin était joli et je ne regrette pas de m’être (encore) perdue !

Du coup je reviens sur mes pas vers 8h30 environ, et me mets enfin en route. C’est plat et ça fait plaisir de tracer ! Surtout le temps est couvert, mais il ne pleut pas, et ça fait la différence. Le cadre est tout simplement magnifique, je suis entourée de montagnes embrumées toute la matinée et sent mon coeur s’accélérer à la vue de paysages aussi incroyables. Les Alpes, ça vous gagne…

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Je me motive pour aller jusqu’à St Johann, la dernière « grosse » ville avant longtemps. Avec du recul je me dis que ce n’était pas la meilleure des idées car la côte pour y monter fut terrible pour mes jambes…Mais la vue en valait le coup, et puis ça m’a fait du bien de souffler un peu.

Après un échange avec des retraités autrichiens sur le parvis de l’église, et un débat sur les vélos électriques, je mange la nourriture qui me reste (du fromage, du pain, une boîte de haricots rouges) et fais une bonne pause dans un café.

Vers 16h je repars, et les routes plates du matin commencent à me manquer. A partir de Schwarzach c’est la pire route pour mes jambes depuis le début, j’enchaîne les montées à 15% et les descentes. Ca dure plus d’une heure, et quand ça semble enfin se terminer ce n’est pas mieux car je dois traverser à vélo un tunnel bruyant de plusieurs kilomètres.

En plus je déraille dans une montée, c’est vraiment pas mon jour de chance :

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Après avoir sans doute perdu un timpan, c’est enfin du plat et je traverse les villes de Dorfgastein et Bad Hofgastein, des villes de montagnes sans charme qui tentent tant bien que mal d’attirer les touristes l’été.

La fin de journée se fait sentir, et étant proche des habitations je me dis que je n’ai pas très envie de tenter le camping sauvage. Je tombe par hasard sur les coups de 20h sur un camping, et y monte ma tente. La douche chaude me revigore bien, et après les efforts du jour, je m’endors vite même s’il ne fait pas très chaud à plus de 800m d’altitude.

La vue depuis le camping :

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Bilan : 8h de vélo et 80km parcourus !

JOUR 9 : quand y’en a plus, y’en a encore

Je me réveille relativement tôt, et pars vers 9h30. La journée ne pourrait pas plus mal commencer, j’ai droit à une montée de 2km à 17% environ. C’est dur, je pousse mon vélo par intermittence et les 15kg qui sont sur mon porte-bagage. J’arrive finalement au sommet, à 1002m d’altitude, un record pour moi qui n’ait jamais trop fait de vélo de ma vie !

Là-haut, je découvre une jolie cascade et une ville qui a des airs de films Wes Anderson avec des couleurs très pastels.

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Je rencontre un autre cycliste, Francesco un italien de 26 ans, parti lui aussi de Vienne mais 4 jours après moi. Bon, il faut dire qu’il voyage avec un équipement top niveau (il est sponsorisé par B’twin, la boîte pour laquelle il bosse), qu’il porte quasiment rien sur son vélo comme il dort en hôtel, et qu’il a son téléphone pour se repérer. Je me dis qu’en comparaison mon rythme n’est pas trop mal !

Sur une portion de 146km, entre Bad Gastein et Spittal, il n’y a soit pas de possibilité pour les vélos (à cause du tunnel), soit une mauvaise route (et ça descend pendant 600m) donc il est recommandé de prendre le train.  C’est ce que j’ai fait, et franchement c’était une bonne décision car j’ai rencontré un autre voyageur à vélo dans le train, un australien qui se rendait à un festival de métal en Slovénie. Et puis ça ne dure que 30 minutes environ !

Arrivée à Spittal, c’est quasiment 13h et je trouve rapidement le chemin pour les vélos. C’est parti pour 40km de plat le long du fleuve ! Pour ne pas trop m’ennuyer j’apprends un poème, cette fois-ci l’Albatros de Charles Beaudelaire. Ca m’occupe bien, tant pis si les autrichiens que je croise me prennent pour une folle qui parle seule..

Il est à peine 15h30 quand j’arrive à Villach, et je reste une petite heure dans la ville qui sera ma dernière d’Autriche. C’est mignon et j’en profite pour capturer le moment et les locaux assis en terrasse.

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Après avoir récupéré une n-ième carte à l’office de tourisme, je me mets en route. Je pensais trouver une carte de la Slovénie mais ils en ont pas, la seule carte qu’ils peuvent me passer en est une qui couvre quelques kilomètres en Italie et Slovénie. Ca fera l’affaire…

Je repars ainsi sur la route Alpe Adria que je suis depuis Salzbourg, et monte progressivement vers l’Italie. Je suis toute excitée à l’idée de repasser par l’Italie, même si ce n’est que pour quelques kilomètres car je vais virer à l’est vers la Slovénie. Je traverse la frontière italo-autrichienne, à environ 700m d’altitude, descends vers l’Italie, traverse quelques villages, n’aie pas le temps de dire trois « ciao » que je mets déjà le cap à l’est…

Il est environ 20h, j’aperçois les hauts sommets slovènes et m’arrête plusieurs fois pour m’imprégner de ces paysages incroyables.

Jusqu’au coucher du soleil (21h) je roule, seule, sur la piste cyclable qui mène en Slovénie. La piste cyclable est une véritable route vélo, comme ce fut le cas de nombreuses fois depuis Salzbourg, et je grimpe ainsi progressivement vers la Slovénie au coeur des Alpes et des forêts luxuriantes.

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Je suis à 846m d’altitude et à cette heure-là, il commence à faire un peu froid. Il y aurait plusieurs spots pour y monter ma tente, mais ayant déjà eu froid à 600m, je me dis que ce n’est pas la meilleure des idées. Je tourne un peu en rond, puis traverse la frontière avec la Slovénie et trouve une hutte en bas de ce qui semble être une station de ski. Il n’y a quasiment personne, mis à part deux coiffeuses que j’ai vu fumer dehors et quelques tracteurs passer. Hop, ni une ni deux je traverse le champ et me rends vers la hutte. Quelle belle surprise lorsque je vois qu’elle n’est pas fermée à clé ! Je cache mon vélo derrière, fais de la place à l’intérieur et m’installe. Je suis bien mieux que dehors.. Je bataille pendant une bonne demi-heure afin de fermer la hutte de l’intérieur, puis trouve un système en mettant une pioche dehors. La nuit va être reposante !

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Bilan : 8h15 sur la route et 88km de plus !

JOUR 10 : premiers pas en Slovénie

Je me réveille un peu avant 6h, et pars une heure plus tard. Je continue sur ma route vélo, toujours aussi déserte, et arrive dans la première ville slovène qui s’avère être une station de ski, comme là où j’ai dormi.

Je tourne en rond, ne trouvant pas l’office de tourisme, finis par aller au hasard à gauche et tombe dessus. Tout naturellement, je demande aux employées la carte avec les pistes cyclables du pays, et là c’est l’étonnement. Il y a bien des routes pour les vélos, mais pas de cartes. Elle me dit « il suffit de suivre les panneaux » ce qu’on me répètera dans trois autres offices de tourisme. Ca va être rigolo, la Slovénie ! En Autriche je me perdais déjà avec la combinaison carte/panneaux, car parfois la signalisation est mauvaise. On verra ce que ça donne sans carte, je me dis.. Elle me remet bien une carte qui me permet d’aller jusqu’au village d’après, mais pas plus. Ce qui est vraiment embêtant, sans carte, c’est que je n’ai aucune idée de l’élévation et c’est essentiel à vélo pour que j’ai une idée de l’énergie que je vais devoir dépenser, ou même si j’en serai capable…

La carte très jolie mais peu utile, qui ressemble plus à un set de table qu’autre chose :

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Finalement la route est bien fléchée (globalement), et les panneaux sont rouges donc beaucoup plus visibles que les panneaux verts autrichiens. Je suis ainsi la route D2 jusqu’à Jessnice, où j’ai le choix entre deux routes pour aller à Ljubljana. L’une par Bled, un lac touristique, l’autre par….je ne sais pas, j’ai pas de carte. Je sais que la route vers Bled n’est pas des plus faciles, mais je me dis qu’on a qu’une vie et qu’il faut bien se lancer.

Pendant 2km, c’est ainsi du 14% et mes jambes souffrent. Heureusement, c’est ensuite principalement de la descente et je suis contente de ne pas être à la place des cyclistes que je croise en face…

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J’arrive à Bled vers 12h, après m’être trompée trois fois de direction (sérieux, pourquoi vous ne mettez pas de panneaux pour aller au lac?). Ca me fait tout bizarre de me retrouver parmi une horde de touristes (principalement américains et asiatiques) après avoir vu la Slovénie profonde et sauvage. J’y reste juste le temps de reprendre des forces et trouver une office de tourisme qui me donne, au moins, une carte de la Slovénie…sans piste vélo mais c’est déjà ça !

Plutôt stylé, le bled, non ?

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J’en profite pour faire quelques courses au village suivant, et fais des provisions de chocolat, bananes, barres de céréales et thé sucré. Il me reste une cinquantaine de kilomètres avant d’arriver à Ljubljana…

Autour de 15h, je suis au bout de ma vie dans une n-ième vallée, lorsqu’un cycliste retraité américain arrive à ma hauteur. Il s’appelle Jeff, a 63 ans, et habite en Slovénie depuis quelques années. Cycliste aguerri, il en a sous la pédale et a fait du vélo un peu partout dans le monde, de l’Asie à la Californie, en passant par son grand tour à vélo de Lisbonne à Istanbul qui lui a pris 7 mois. Jeff incarne le cliché que l’on a des Américains : l’entrepreneur à succès de la West Coast, blaggueur né, et bête sociale par excellence. Il m’explique qu’il rentre justement à Ljubljana aujourd’hui, où il habite, et propose de m’héberger. On y sera vers 19h, et n’ayant comme d’habitude rien de prévu, je me dis que c’est parfait !

On s’arrête sur la route à Kranj, une « grosse » ville (40 000 habitants, pour un pays de deux millions d’âmes). C’est très mignon et on tombe sur un marché avec des artisans.

Après quelques vallées, et champs traversés, on arrive enfin à Ljubljana. Jeff me fait passer par le parc Tivoli, qui surplombe la ville, et ça me rappelle la frontière avec l’Italie. On arrive chez lui, j’installe le canapé-lit et on sort manger un burrito. Ca fait bizarre de revivre normalement après quatre jours à suer sur les routes d’Europe…

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Bilan : 9h sur la selle, et 109km de vélo !

BILAN DE LA SEMAINE

342km parcourus, soit 728km depuis Vienne. Ces quatre jours ont été intenses pour mes jambes, et ça me fait un bien fou de faire un break à Ljubljana. Ca me laisse aussi le temps de faire réparer mon vélo, j’ai enfin pu faire changer la chaîne et tout le système de vitesse qui était au bout du rouleau. Et puis faire quelques rencontres, et aller à un festival de musique avec Jeff. A venir : un petit article sur la capitale slovène, c’est une belle surprise pour moi 🙂

Demain c’est dimanche, et après deux jours de pause je repars sur la route. Cap au nord-ouest, je vais à Tolmin en Slovénie, avant de partir vers le sud sur la côte adriatique. Avec ou sans carte, on verra…

Florence.

 

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