Du sud de la Croatie à la capitale de l’Albanie (semaine 5)

JOUR 21 : l’hospitalité croate

Après une journée de repos, je repars mardi matin sur les routes. Objectif du jour : atteindre Dubrovnik ! Je fais un détour par Lidl, qui sera sûrement mon dernier avant longtemps. Et achète de quoi me faire tenir la journée, soit :

500g de pain complet avec du fromage et du beurre de cacahouète

1,5kg de fruits (bananes, pêches, prunes…)

500g de haricots en boîte

1 burek fourré au fromage

½ L de kéfir

Ca a été grosso modo mon alimentation pendant ces deux semaines en Croatie, avec des pâtes et du riz quand j’avais l’occasion de cuisiner. De temps en temps j’achète aussi des boissons sucrées et barres de céréales, pour me donner un coup de boost !

Je pars ainsi du magasin à 9h30, par un temps un peu moins chaud que les jours d’avant grâce à la pluie qui a rafraîchi l’atmosphère, mais on frôle tout de même les 30 degrés.

La journée commence fort avec une belle montée à 6% selon les panneaux, qui est comme d’habitude bien plus élevée que ça. Je m’arrête sur l’une des aires, me fait une belle frayeur lorsque je vois que mes sacoches manquent de peu de dégringoler dans le ravin, puis repars.

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J’arrive dans une partie intéressante du globe où l’on traverse la frontière croate deux fois, car la Bosnie a environ 10km de côte. Moi qui détestais traverser les frontières en backpacker, je les adore à vélo car je peux doubler tout le monde (et que les agents de sécurité m’encouragent à le faire !). Je jubile en dépassant les voitures, et arrive en Bosnie. Cliquer ici pour voir un extrait vidéo de ma traversée de frontière à vélo 🙂

Souhaitant un peu de soutien sur les routes, je me décide à écrire en gros « France » à l’arrière de mon vélo. C’est le succès immédiat et les francophones se font un plaisir à me klaxonner, des belges aux suisses et bien évidemment des français. Mais aussi des locaux qui me crient « Tour de France ! ». Je me décide à garder le signe les jours suivants, c’est un boost incroyable sur les routes. Et je me dis que quelque part, c’est mon tour à moi !

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Après cette brève halte en Bosnie, je suis de retour en Croatie. Je m’arrête sur les coups de 15h dans la ville de Slano, en quête de rafraîchissements. Quelques boissons et une baignade plus tard, je quitte la ville et ses vacanciers bronzés.

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C’est de nouveau une belle montée, et alors que je m’arrête pour photographier la vue, je me fais aborder par un local qui voit mon signe « France ». Blaise, comme il se présente avec son nom francisé, est un croate de 68 ans qui a vécu 10 ans en France et travaillé là-bas. Il retourne justement chez lui, après Dubrovnik, dans sa maison avec vue sur mer qu’il a construite lui-même et qu’il loue régulièrement à des vacanciers. Il propose de m’héberger chez lui si les tchèques qui étaient là ne sont partis, ou de m’inviter dans une auberge qu’il connaît bien. C’est génial !

Je roule ainsi jusqu’à Dubrovnik, alors que la luminosité décline, vois un coucher de soleil magnifique avant de retrouver Blaise qui m’attend plusieurs fois sur la route.

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Quand j’arrive chez lui, je me dis que c’est un endroit tout simplement incroyable : 150 marches pour descendre jusqu’à sa maison, et de là un superbe panorama sur l’adriatique.

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Mais ce qui est encore plus fou c’est son histoire : une vie pleine de souffrance, solitude et regrets, entre ses rêves de faire du football au PSG qui furent envolés car il n’avait pas de permis de séjour, son isolement car ses voisins « sont tous des communistes » et qu’il est profondément européen, les habitants de son village qui l’ont agressé physiquement plus d’une fois…Il me dit que pour lui, les balkans c’est « tuer, voler, détruire ».

Ne sachant pas à qui léguer sa maison comme il est en froid avec sa famille, il me dit que si je restais ici et que je lui assurais une descendance, il me laisserait tout. Je le rembarre rapidement, lui disant qu’il devrait se trouver une femme croate de son âge ! Il y a bien une voisine qui l’intéresse, me dit-il…Il n’insiste donc pas, et me laisse même les clés de sa maison pour que je dorme en paix. Lui préfère dormir dehors, à la belle étoile.

Bilan : 7h30 de vélo, 108km parcourus et une sacrée rencontre !

JOUR 22 : direction le Montenegro

Après une journée de pause, au cours de laquelle il m’emmène visiter les environs, et prépare de bons plats méditerranéens à base d’aubergine, je me remets en route.

Cette fois-ci, je vais quitter définitivement la Croatie pour le Montenegro, et je me débarrasse de mes pièces croates car le Montenegro utilise…l’euro ! Assez étrange car le pays n’est pas dans l’UE, mais pratique.

Arrivée à la frontière, ça bouchonne et encore une fois je suis la fille la plus heureuse du monde lorsque je double tout le monde. Surtout, c’est une belle descente entre les bureaux croates et monténégrins, et je file à toute allure.

Un coup de tampon, un « have a nice day » et me voilà pour la première fois au Monténégro !

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Il est 15h quand j’atteins la première grande ville, Herceg Novi, et je me fais aborder par un serbe qui ne parle pas un mot d’anglais mais avec qui je communique via google traduction. Il me dit qu’il fait du vélo depuis 10 ans, et me donne son contact si jamais je visite la Serbie. Les habitants des Balkans sont vraiment chaleureux !

La plage d’Herceg Novi :

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Je continue ma route dans la baie de Kotor, qui n’est pas si plate que ça avec quelques montées à 7%. Aussi, et c’est une surprise, il y a beaucoup de touristes. Principalement des serbes, mais aussi des allemands, français…Quoi qu’il en soit, les paysages sont magnifiques. J’en prends plein les yeux !

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Et passe par quelques bleds au nom imprononçable, c’est aussi ça les voyages à vélo.

IMG_2427Quand j’arrive à Kotor, je me dirige comme d’habitude vers l’office de tourisme et on m’indique un camping à 10km de là. Le camping est basique, et me convient parfaitement. Je rencontre une famille française qui m’aide à réparer ma tente, et vais manger une glace. Quand je reviens, je tombe sur un couple de cyclistes allemands qui s’installe à côté de moi. Toujours un plaisir d’échanger avec d’autres cyclistes, on en croise si peu dans les Balkans !

Bilan : 7h de vélo et 91km parcourus !

Le lendemain, je m’accorde une journée de pause pour aller visiter Kotor et profiter un peu de la baie. Ce rythme 1 journée de vélo 1 journée de pause commence à bien me plaire !

La ville de Kotor est charmante, mais pleine à craquer de touristes. Finalement, c’est comme la Croatie ici.

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De retour au camping, je mange au restaurant un plat à base de poisson pour la modique somme de 4€. Miam ! Le soir, je me prépare du riz et termine enfin mes réserves de nourriture. A partir de l’Albanie, je mangerai dans les petits restos, ce sera bon et pas très cher. La bonne nouvelle aussi, c’est que j’aurai moins de poids sur le vélo !

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Jour 23 : premiers coups de pédale en Albanie

Après une nuit pluvieuse, je repars vers 9h. C’est du grand plat pendant bien 40km, avant l’arrivée à Budva où j’ai une montée bien supérieure au % indiqué. Assoiffée et affamée, je me pose sur la petite aire en haut de la montée et aborde deux touristes qui ont une plaque autrichienne. C’est en réalité un couple de bosniaques qui habite en Autriche depuis plus de 30 ans, et en apprenant que je voyage à vélo, ils en tombent presque du banc et me laissent toute la nourriture qu’ils ont ! Je me retrouve avec 1,5L d’eau gazeuse, une tablette de chocolat fondue, du fromage, de la charcuterie, 1 miche de pain, des pommes et prunes…et ça continue, une autre vacancière arrive avec un burek, et me l’offre ! C’est la première fois que l’on fait preuve d’autant de générosité avec moi, je ne sais pas quoi dire pour les remercier. On fait une photo ensemble pour immortaliser le moment, puis ils se remettent en route. Je repars l’estomac lourd, mais bien rassasiée.

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Je ne m’éternise pas à Budva, qui malgré son centre historique ressemble à une ville côtière de fétards. Et c’est une bonne idée de ne pas y rester, car plus loin sur la route je tombe sur ce magnifique village (Sveti Stefan) où je reste une bonne demi-heure pour en apprécier la vue.

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Plus loin, je me retrouve encore à faire une belle ascension, et avec le cagnard ce n’est pas facile.

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Je m’arrête assoiffée, et des allemands en voiture qui sont aussi sur la petite aire me voient et m’offrent 2L de boissons sucrées. Aujourd’hui, je me dis que c’est vraiment le tour de France ! Sans oublier les coups de klaxon auxquels j’ai droit de temps à autre, depuis que j’ai mis « France » sur mon vélo.

Encore une fois, il y a beaucoup de bouchons sur la route. Je m’amuse à doubler tout le monde par la droite, revois les allemands qui m’ont aidée et crie « andiamo ! » aux voitures italiennes. Le sourire aux lèvres, les locaux me regardent eux aussi amusés, alors que je double des dizaines de voitures. Quand la circulation retourne à la normale, les vacanciers sont visiblement contentes de me redoubler et j’ai droit à une demi-douzaine de coups de klaxon. Bye bye…

Je continue jusqu’à la ville de Bar, où je vois ma première mosquée de la région, et sachant que je dois à un moment ou à un autre tourner à gauche pour aller en Albanie. Je scrute les panneaux, et c’est alors que j’en vois un, petit, avec marqué « Shkoder ». Je vois une belle ascension devant moi, et espère que ce sera plat de l’autre côté de la montagne. Le pourcentage devient trop élevé à un moment, et je pousse mon vélo sur une centaine de mètres. La bonne nouvelle, c’est qu’ensuite c’est effectivement du plat, et surtout c’est une route de campagne globalement ombragée ! Heureuse d’être enfin sur une route moins fréquentée, j’en profite et me mets en mode croisière.

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Et tous les déchets mélangés dans les poubelles, il n’y a quasiment jamais de poubelles de tri au Monténégro :

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Sans m’en rendre compte, j’arrive déjà à la frontière albanaise. Je la traverse à 18h30, après un « Dai » de l’albanais qui me fait signe de doubler toutes les voitures, et m’émerveille déjà d’être ici. Je découvre un pays qui est un mélange de Turquie, Maroc et Amérique latine, avec des locaux qui traversent la route avec leurs vaches, pendant que d’autres pédalent sur de vieux vélos ou de vieilles mobylettes… Beaucoup de déchets au bord des routes, aussi, et je me dis que ça va être compliqué de faire le tri, déjà que ça commençait à devenir difficile au Monténégro.

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Je continue de pédaler, puis vois un panneau « camping » et tourne à droite. Visiblement le panneau n’était pas dans le bon sens, le camping est plus loin et j’y arrive un peu après 19h. Je suis surprise de trouver un camping aussi moderne et bien équipé, largement au-dessus des standards croates ou monténégrins, mais moins cher (8€ la nuit, contre bien souvent 20€ ou plus en Croatie !).

Je monte ma tente et sympathise avec mes voisins allemands et néerlandais, qui voyagent en van et camping-car.

Bilan : 116km à vélo et 7h sur les routes !

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Le lendemain matin, je fais un tour dans le camping et réalise qu’il y avait une zone dans un bosquet pour les tentes, où visiblement tous les cyclistes se sont installés. Ce jour-là, je rencontre plus d’une dizaine de cyclistes, moi qui n’en voyait quasiment pas depuis la Croatie ! C’est le seul camping du coin, et tout le monde a l’air de s’arrêter là. Il y a un couple de retraités néerlandais qui revient de Grèce, une française qui est partie de Venise, une allemande qui a commencé à Vienne, un italien qui vient d’atteindre les 2000km à vélo, un couple d’autrichiens qui fait un voyage à vélo dans les Balkans…et le couple le plus fou : un allemand et une namibienne, qui voyagent de Stuttgart (Allemagne) jusqu’en Namibie (18000km!) ! Pour info, la Namibie c’est ce pays en Afrique qui est au nord ouest de l’Afrique du Sud, donc tout en bas du continent…Ils sont partis pour au moins un an, dans une aventure qui s’annonce incroyable.

Je m’accorde une nouvelle journée de pause, visite la ville de Shkoder avec les autrichiens, et après avoir un peu tourné en rond et réalisé qu’il n’y avait pas grand-chose à voir, nous rentrons au camping.

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Jour 24 : direction la capitale !

Je me réveille vers 7h, me balade à vélo jusqu’au lac de Shkoder puis pars un peu avant 10h après avoir dit adieu à tout le monde. Ca me motive de savoir qu’il y a d’autres cyclistes qui vont prendre la route après moi, je sais que je ne suis pas seule quelques part, et que d’autres vivent la même chose que moi !

On m’avait prévenue que la route était plate, et ça me fait presque bizarre de tracer autant. En à peine deux heures j’arrive à Lezhe, sur une route assez large qui me laisse de la place pour naviguer.

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Après Lezhe les choses se gâtent un peu lorsque je vois que la route se transforme…en autoroute. J’ouvre ma carte, pourtant récente, et me dis que l’autoroute doit dater de peu. Mais la bonne nouvelle c’est qu’il y a une route qui passe par la campagne, plus à l’est, et elle est beaucoup moins fréquentée.

IMG_2705 Je passe ainsi par des villages, où les hommes attablés aux cafés me scrutent. Ca me rappelle vraiment le Maroc, où quand je marchais seule quelque part, les hommes m’observaient comme si je venais d’une autre planète. Ayant maintenant l’habitude , je les fixe aussi du regard (pourquoi les femmes n’auraient pas le droit de voyager seules ?) ou ignore tout simplement.

La route passe par des zones désaffectées, et je me demande ce qui a bien pu s’y passer. Les usines sont complètement abandonnées, il y a des ruines un peu partout, des maisons en construction autre part… C’est apocalyptique par moment.

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Je récupère la route principale un peu plus tard, qui est bien encombrée. Surtout, je vois 3 accidents arriver sous mes yeux et me dis que les albanais conduisent un peu comme des fous. L’arrivée à Tirana est ainsi assez chaotique, avec souvent des trous en bord de route, mais les bouchons me permettent de tigzaguer entre les voitures et de me retrouver rapidement dans la capitale. Où, bonne nouvelle, il y a des pistes cyclables !

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J’arrive ainsi sur la place principale à 17h30, mais galère pendant plus d’une heure pour trouver une auberge. L’office du tourisme me fourgue une carte inutile où les points pour les auberges correspondent aux hôtels, et j’erre dans la ville avant de demander ma route à un local. Aborder un papi albanais n’était pas la meilleure idée car il ne parle pas un mot d’anglais, et comprend que je viens du Kosovo quand je lui dis « France » deux fois. Mais il se démène, cherche des passantes qui parlent anglais, je trouve entre temps du wifi et les albanaises m’indiquent la route à suivre pour y aller. Ne parlant pas un mot d’albanais, je lui serre la main pour le remercier, et vais à l’auberge. Pas de chance car elle est pleine, mais on m’en indique une autre non loin de là qui a des lits disponibles. L’auberge a moins de 2 mois, est flambante neuve et de mes souvenirs je ne suis jamais restée dans une auberge aussi classe. C’est du 4 étoiles, et je me dis que pour 10€ la nuit c’est le luxe ! Je rencontre une voyageuse originaire du Bangladesh et étudiant aux US, qui me rappelle mon passé de backpackeuse.

Bilan : 5h30 de vélo et 113km parcourus !

Le lendemain, c’est une belle journée de pause et j’en profite pour aller faire huiler mon vélo. Ici, pas de Décathlon mais de petits ateliers à côté du Bazaar, où ça ne parle pas vraiment anglais. Je tombe sur la française du camping qui a aussi besoin d’une réparation, et qui va repartir vers la côte albanaise dans l’après-midi. Pour la modique somme de 100 lek (moins d’1€), je repars avec un vélo huilé, ma béquille réparée et mes pneus gonflés. Il ne comprend pas vraiment que je lui dis que mettre plus de pression à l’arrière, et me fait signe vers un magasin où je peux acheter des sacoches vélo…Mais l’important c’est que le vélo fonctionne, et je suis contente de l’opération.

Je me balade un peu dans Tirana, où mis à part l’énorme mosquée, il n’y a pas de bâtiment qui sorte de l’ordinaire. Mais c’est agréable de circuler dans la ville sur les pistes cyclables, et je me trouve un bon sandwich aux légumes.

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Les installations électriques en Albanie, tout un système :

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Et je retombe sur l’italien du camping, qui repart ce soir pour l’Italie en ferry. Il voyage avec plus de 35kg, et un accordéon. Il fait régulièrement des concerts improvisés quand il voyage, et me raconte son aventure de la veille : il ne savait pas où dormir dans la ville de Laç, et s’est fait inviter par l’imam du village à monter sa tente à côté de la mosquée

Bilan de la semaine : 428km, soit 1956km depuis Vienne !

Je sens que je me suis vraiment endurcie depuis le début, j’arrive à faire du 100km par jour sans forcer que ce soit du plat ou des montées et descentes. Surtout c’était un bon rythme de faire du vélo une journée sur deux, j’en ai bien profité !

Demain, je vais partir vers Berat puis direction Gjirokaster et Sarandë 🙂 A la semaine prochaine.

 

 

Une réflexion sur “Du sud de la Croatie à la capitale de l’Albanie (semaine 5)

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